🧠 Pourquoi vendre ce qui marche ?

Contre-intuitif mais nécessaire ?

Buy & Hold

En janvier, on fait des bilans. J'en ai profitĂ© pour jeter un Ɠil Ă  mon portefeuille d'investissements : +44%.

(Tout le monde est un “gĂ©nie” en bull run, je n’ai aucun mĂ©rite Ă  part celui de rester calme quand les marchĂ©s s’agitent.)

Mais au-delĂ  de la performance, je me suis posĂ© une question : est-ce que mon portefeuille ressemble encore Ă  ce que j'avais initialement prĂ©vu ?

Parce qu’au fil du temps, les marchĂ©s Ă©voluent et la rĂ©partition de tes investissements glisse.

  • Les actions grimpent plus vite que les obligations.
    Un portefeuille 60/40 devient facilement 70/30 aprÚs quelques bonnes années.

  • Une zone gĂ©ographique superforme et reprĂ©sente dĂ©sormais 60% du portefeuille au lieu de 40%.

  • Pareil pour un secteur ou une industrie qui peut reprĂ©senter une part supĂ©rieure Ă  ce que tu avais initialement prĂ©vu.

La question centrale :
Es-tu toujours à l’aise avec cette nouvelle exposition au risque ?

Vendre ce qui marche pour acheter ce qui marche moins bien, ça paraüt contre-intuitif. Et pourtant, c'est ce que recommandent Vanguard, Morningstar, et tous les experts en allocation d’actifs.

  • Pourquoi se dĂ©lester de ses gagnants ?

  • À quelle frĂ©quence faut-il le faire ?

  • Et puis, quand est-ce vraiment nĂ©cessaire ?

Petit tour du sujet dans la newsletter du jour.

Pourquoi on ne rééquilibre pas (mĂȘme quand on sait qu'on devrait)

Comme on l'a vu dans l'intro, ton portefeuille peut progressivement sâ€˜Ă©loigner de ce qui correspond Ă  ton profil de risque, sans que tu t’en rendes compte.

Pourtant, mĂȘme quand on se voit prĂ©senter cet argument logique, on a des rĂ©ticences Ă  faire des rééquilibrages. Pourquoi ?

À cause de certains biais comportementaux qui nous induisent en erreur

  1. “Ce qui a marchĂ© rĂ©cemment va continuer”.

    Un raccourci mental trompeur. On projette les performances passées sur le futur. Les actions technologiques ont des performances magistrales ? On en veut plus. Les obligations ont stagné ? On cherche à s'en débarrasser.

  2. “Vendre mes gagnants, c'est risquer de rater la suite.”

    Cette peur de rater quelque chose (FOMO) combinée à l'aversion à la perte crée un double blocage. D'un cÎté, l'idée de rater une hausse future te fait mal. De l'autre, la douleur potentielle de "perdre" (en ratant des gains) est psychologiquement plus forte que le plaisir de réduire ton risque.


    Si je vends mes actions aujourd'hui et qu'elles continuent Ă  monter les 12 prochains mois, je vais me sentir bĂȘte. Alors je prĂ©fĂšre ne rien faire.

  3. "Mes actions qui ont bien performé valent encore plus que les autres."
     
    C'est l'effet de dotation : on surestime la valeur de ce qu'on possĂšde dĂ©jĂ . Les vendre, mĂȘme partiellement, te paraĂźt plus douloureux. 

Tous ces mĂ©canismes s’accumulent, alors on ne fait rien.

Et pendant ce temps, le portefeuille dérive. De 60/40 à 70/30, puis 75/25.
On accumule de plus en plus de risques sans vraiment s'en rendre compte.

Jusqu'au jour oĂč le marchĂ© baisse.

Alors, quand et comment rééquilibrer ?

"Le principal bénéfice du rééquilibrage est la réduction du risque. Vous avez un systÚme en place qui vous permet de réduire périodiquement les classes d'actifs qui ont trÚs bien performé (et qui sont souvent surévaluées) et d'ajouter à celles qui n'ont pas aussi bien performé (et qui ont souvent des valorisations plus attractives)."

Sa recommandation :
- Vérifier une fois par an
- Ou rééquilibrer quand ton allocation dépasse 5 à 10 points d'écart

Disons par exemple que tu vises une allocation 60/40 (actions/obligations) :
- Si tu te retrouves Ă  65/35
→  c’est le seuil minimum Ă  partir duquel un rééquilibrage est Ă  considĂ©rer.

- Si tu es Ă  61/39
→ l’écart reste faible et le rééquilibrage n’est pas nĂ©cessaire.

Pourquoi ne pas rééquilibrer plus souvent ?

Parce que rééquilibrer a un coût.

Option 1 : Rééquilibrer par la vente

L’obstacle si tu as rĂ©alisĂ© des plus-values, c’est que tu risques de dĂ©clencher une imposition selon l’enveloppe fiscale via laquelle tu investis.

En PEA ou assurance-vie, les rééquilibrages ne dĂ©clenchent pas d'impĂŽt tant que l'argent reste dans l’enveloppe contrairement au compte-titres. Selon ton courtier, il est aussi trĂšs probable qu’il y ait des frais de transaction.

C’est pourquoi en se limitant Ă  un rééquilibrage par an, on limite non seulement les frais de transactions mais aussi le coĂ»t fiscal.

Option 2 : Rééquilibrer en redirigeant tes futurs versements

Si tu as identifiĂ© le rééquilibrage comme nĂ©cessaire mais que tu ne souhaites pas dĂ©clencher de coĂ»t fiscal, tu peux alors continuer d'investir mensuellement, mais rediriger ces nouveaux versements uniquement vers le placement que tu souhaites renforcer (les obligations dans notre exemple). Cela te permet de rĂ©tablir l’équilibre qui correspond Ă  ton profil de risque.

Cette mĂ©thode est plus lente mais elle fonctionne bien si tu continues d'investir rĂ©guliĂšrement et que l'Ă©cart n'est pas trop important. Elle convient bien aux investissements rĂ©alisĂ©s sur compte-titres. 

Et si je ne rééquilibre jamais ? 

Dans leur Ă©tude “Here’s why you should rebalance” (2020), Morningstar a suivi un portefeuille 60/40 sur 10 ans sans rééquilibrage.

Il est passé à 80/20 en 2019.

Or plus on s’approche de son objectif financier, plus on cherche au contraire Ă  sĂ©curiser son capital. Les marchĂ©s sont imprĂ©visibles et peuvent baisser de maniĂšre prolongĂ©e. Or comme on l’a vu dans des Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, certaines baisses peuvent durer plus de 5 ans.

C’est long.

Les points clés

Le rééquilibrage, c'est contre-intuitif au début : vendre ce qui marche pour acheter ce qui stagne, va à l'encontre de tous nos réflexes naturels.

Mais pour beaucoup d’investisseurs particuliers ne pas rééquilibrer revient Ă  prendre de plus en plus de risque sans l'avoir consciemment dĂ©cidĂ©.

Et malheureusement quand les marchés baissent, tu te retrouves dans une situation pire que prévue.

La solution: vérifier une fois par an, et sérieusement considérer un rééquilibrage quand ton allocation dépasse 5 à 10 points d'écart de ta stratégie initiale.
Soit en vendant des titres (attention aux frais et coĂ»ts fiscaux), soit en redirigeant tes nouveaux versements afin de rééquilibrer sans dĂ©clencher d'impĂŽt (mais informe-toi bien sur la fiscalitĂ© propre Ă  ta situation avant d’agir).

Les marchĂ©s vont continuer d’évoluer, on rĂ©pare le toit avant la tempĂȘte, pas pendant.
N’hĂ©sitez pas Ă  me dire ce que vous avez pensĂ© de l’édition de la semaine !

Prenez soin de vous,
Nessrine

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Articles, recherches et études consultées pour cette édition :

Rappel important : Ce contenu est uniquement éducatif, pas un conseil d'investissement. Pensez à faire vos propres recherches avant de vous lancer. Et souvenez-vous que tous les placements, ETF inclus, comportent des risques de perte en capital.