đź§  Investissements... patriotiques ?

Est-ce que c'est si dramatique ?

En 2021, les investisseurs français consacrent environ 8% de leurs placements en actions aux titres français, alors que le marché français ne représente que 3,4% de la capitalisation boursière mondiale.

Pour les allemands c’est presque 9%, alors que l’Allemagne ne pèse que 2,4% de la capitalisation boursière mondiale.

Ces chiffres regroupent investisseurs particuliers et institutionnels ; mais quand on isole les ménages, l’étude montre que leurs portefeuilles sont encore davantage influencés par des biais de familiarité (langue commune, proximité géographique, etc.)

Face à ce phénomène on peut se poser trois questions :

  • Pourquoi investit-on massivement "chez nous" alors qu’il y a plein d’opportunitĂ©s ailleurs ?

  • Sommes-nous vraiment plus protĂ©gĂ©s Ă  l’échelle nationale ?

  • La diversification internationale est-elle plus risquĂ©e, voire inutile ?

Les entreprises françaises, on les voit au quotidien : on lit leurs actualités, on comprend leur environnement, on connait peut-être même des personnes qui y travaillent.

Les marchés étrangers, en revanche, nous semblent automatiquement plus opaques et plus risqués.

Mais est-ce que ne s’auto-sabote pas, avec ce biais domestique ?

Le vrai risque : la concentration

Concentrer l'essentiel de ses investissements sur son marché national expose à deux problèmes :

1. Pas d’airbags :

Si le pays traverse une crise économique, politique ou sectorielle, tu es touché(e) sur tous les fronts simultanément. Ta situation personnelle (emploi, pouvoir d'achat, stabilité économique locale) ET ton portefeuille d’investissements.

2. Un coût d’opportunité perdu

Tu manques des opportunité de croissance en te limitant à 3% du marché mondial. Investir massivement sur un seul pays revient à parier que CE pays sera LA zone de croissance des prochaines décennies. C'est une conviction assez risquée.

Une piste de réflexion : la répartition mondiale

En 1964, l'économiste William Sharpe, propose sa théorie du portefeuille optimal dans le Journal of Finance. Selon lui le portefeuille le plus efficient (au sens où il offre le meilleur compromis risque/rendement pour un investisseur rationnel), contient tous les actifs disponibles, pondérés selon leur capitalisation boursière.

Si l’on extrapole cette idée au niveau de la diversification géographique, cela reviendrait à refléter le poids réel des marchés mondiaux au niveau du portefeuille d’investissement.

À l’heure actuelle cela donnerait à peu près :
~60% États-Unis  
~14% Europe
~7% Japon  
~22% marchés émergents

Cela ne te rappelle pas quelque chose ? 🙂 

Aujourd’hui les ETF indiciels appliquent cette stratĂ©gie Ă  grande Ă©chelle. Mais comme toute stratĂ©gie elle a ses forces et ses faiblesses.

Critique n°1 : L'illusion de protection totale

Avec la globalisation, les marchés mondiaux sont désormais hyper-connectés.

Lors des crises majeures (2008, 2020), tous les actifs chutent ensemble, peu importe leur localisation.

La diversification géographique atténue les chocs locaux (comme une récession en France), mais reste vulnérable aux chocs systémiques mondiaux.

Critique n°2 : Surpondérer des marchés matures

Suivre les poids mondiaux signifie investir massivement là où les marchés sont plus susceptibles de croître lentement, car ils sont déjà matures.

Cela dilue l’exposition aux zones sous-pondérées mais potentiellement dynamique. Certains indices européens nationaux (Pologne, Espagne)ont par exemple affiché des performances à deux chiffres ces dernières années, malgré leur faible poids dans les indices mondiaux.

(Attention : ce n'est pas une recommandation d'investissement. Les performances passées ne sont jamais des garanties sur les performances futures.)

De la théorie à la pratique

Bien que les modèles théoriques soient utiles, ta situation personnelle doit primer.

Avant de choisir ta répartition géographique, poses-toi trois questions essentielles :

  • Quel est l’horizon d'investissement de tes objectifs financiers ? 
    Investir pour récupérer tes fonds dans 5 ans ne justifie pas de la même stratégie, que pour un horizon de 20 ans.

  • Quelle est ta tolĂ©rance au risque ? 
    Peux-tu supporter une baisse de -15% sans paniquer, ou es-tu tenter de limiter la casse et vendre Ă  perte ?

  • As-tu des contraintes spĂ©cifiques ? 
    Liquidité, fiscalité, préférences éthiques, etc.

Ce sont les réponses à ce type de questions qui doivent aussi guider ton allocation.
Et non pas seulement les formules théoriques.

Diversifier géographiquement rend les secousses plus supportables, étant donné que toutes les économies ne suivent pas le même cycle. Quand une région est en difficulté, les autres zones de ton portefeuille peuvent compenser les pertes.

Mais cette protection a ses limites. Lors d'une crise systémique mondiale, tous les marchés risquent de chuter ensemble.

Et toi, comment gères-tu la répartition géographique de tes investissements ?
Est-ce un choix réfléchi ou le fruit du hasard ?

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Prenez soin de vous,
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Rappel important : Ce contenu est uniquement éducatif, pas un conseil d'investissement. Pensez à faire vos propres recherches avant de vous lancer. Et souvenez-vous que tous les placements, ETF inclus, comportent des risques de perte en capital.