🧠 Dividendes = sécurité ?

Critère prioritaire ou faux ami ?

Pourquoi tant d'investisseurs ne jurent-ils que par les dividendes ?

Et surtout : qu'est-ce qu'ils ratent en ne regardant que ça ?

Au détour d'un repas, quelqu'un lance avec l'assurance de celui qui a tout compris :
« Le critÚre qui compte avant tout, c'est les dividendes. »

Le ton est assuré, limite condescendant.
Mais si on ne regarde qu'un seul indicateur, ne passe-t-on pas à cÎté des angles morts ?

Pourquoi on aime tant les dividendes

Avant tout, il y a de bonnes raisons d’apprĂ©cier les dividendes :

  • Ça rassure de voir du cash atterrir concrĂštement et rĂ©guliĂšrement sur ton compte d’investissement

  • Ça permet de complĂ©ter ses revenus quand ils baissent (spoiler : la retraite)

  • Ça permet de financer une partie des nouvelles dĂ©penses rĂ©guliĂšres (Ă©tudes des enfants, aide Ă  domicile ou mĂ©dicale de ses parents)

  • Et ça nous permet de faire un raccourci mental qui facilite la dĂ©cision :
    "Si l’entreprise verse des dividendes, c'est qu'elle va bien. Pas besoin de dĂ©cortiquer des dizaines de ratios financiers, ni d’éplucher les bilans et comptes de rĂ©sultats !"

Mais as-tu vérifié les angles morts ?

  1. Le dividende n’est pas synonyme de bonne santĂ© financiĂšre.

    C’est un raccourci trompeur.
    Une entreprise peut verser un dividende par habitude, par pression du marchĂ©, ou mĂȘme en s’endettant. Verser un dividende est avant tout une dĂ©cision de gestion.

  2. Le dividende n’est pas garanti.

    Les entreprises peuvent le réduire, voire le suspendre.
    C'est gĂ©nĂ©ralement le cas lors de difficultĂ©s sectorielles ou cycliques. 
    (Le secteur hÎtelier en récession, le secteur automobile en pénurie de puces, le secteur énergétique face à la hausse des coûts des matiÚres premiÚres).

  3. Certaines entreprises à forte croissance n’en versent aucun.
    Elles réinvestissent leurs profits pour croßtre, comme par exemple, Amazon, Meta, ou Alphabet* qui ont bùti leur empire ainsi.

    J'aurais aimĂ© te citer plus d'entreprises europĂ©ennes connues, mais cette pratique est moins courante chez nous qu'aux États-Unis

    (*Ce n’est pas du conseil en investissement, juste des exemples pour illustrer le propos)

  4. Ce n’est pas de l’argent “en plus”.
    Le jour du versement, le cours de l’action baisse mĂ©caniquement du mĂȘme montant. On a pris 5 € dans ta poche gauche pour les mettre dans la droite.
    (Mais le versement dans la poche droite est imposĂ© Ă  30 %... bientĂŽt 31,4% en 2026).

  5. Tu t’infliges une fiscalitĂ© inutile.
    Si tu n’as pas besoin de revenu immĂ©diat, tu viens juste de dĂ©clencher un impĂŽt anticipĂ©.

Le piĂšge

Dans un monde oĂč les obligations rapportent peu, beaucoup d’investisseurs se tournent vers les actions Ă  gros dividendes pour du cash rĂ©gulier. Mais ces "high-dividend" sont souvent concentrĂ©es sur des secteurs comme les banques et l'Ă©nergie (ceux qui versent traditionnellement le plus de dividendes).

Vanguard alerte : quand tes investissements ne sont concentrĂ©s que sur 2 Ă  3 secteurs, une crise pourrait potentiellement t’impacter plus brutalement.

  • Par exemple pendant le choc Covid dĂ©but 2020, les actions de ces secteurs ont chutĂ© de -25%, contre -16% seulement pour les portefeuilles diversifiĂ©s sur tout le marchĂ©. Ces secteurs (banques, Ă©nergie) sont ultra-sensibles aux rĂ©cessions.

  • Les chercheurs de Vanguard recommandent ainsi de prioriser le "total return", c’est-Ă -dire le rendement total (dividendes + hausse du cours), et non pas juste le cash distribuĂ©, quand on construit son portefeuille d’investissements.

Deux phases, deux logiques

Quand on investit, il y a souvent deux grandes étapes :

  1. La phase de construction.

    Tu construis ton patrimoine pour financer tes objectifs futurs : ta retraite, les Ă©tudes de tes enfants, un projet important. Ces objectifs sont encore loin, donc pas besoin de retirer de l’argent maintenant. Au contraire: chaque euro rĂ©investi accĂ©lĂšre la croissance de ton patrimoine. Si tu retires les dividendes chaque annĂ©e, tu ralentis considĂ©rablement ta progression.

    → Dans cette phase, la capitalisation (via des ETF indiciels capitalisĂ©s) est plus efficace : si des dividendes sont versĂ©s, ils sont rĂ©investis automatiquement par le fonds/l’ETF. Ton capital grossit sans dĂ©clencher d’impĂŽts, et tu prĂ©pares le terrain pour plus tard.

  2. La phase de distribution.
    Ton capital est constitué, tu peux alors:

    • le retirer en une fois car il correspondait au financement d’un grand projet.

    • ou alors bĂ©nĂ©ficier de versements rĂ©guliers afin d’utiliser ton patrimoine, pour en vivre partiellement ou totalement.

C'est dans ce deuxiĂšme cas que les revenus rĂ©guliers (dividendes, intĂ©rĂȘts) deviennent vraiment utiles : tu reçois des flux proportionnels Ă  ton capital. Ce dernier a idĂ©alement eu le temps de grandir sur une ou plusieurs dĂ©cennies.

Alors le dividende, bonne ou mauvaise idée ?

Ça dĂ©pend.

Le dividende a du sens si :
→ Tu as besoin de revenus rĂ©guliers.
→ Tu as besoin de l’agent Ă  court terme et tu disposes dĂ©jĂ  d’un patrimoine consĂ©quent.
→ Tu acceptes de ralentir la croissance de ton patrimoine, car tu privilĂ©gies les flux rĂ©guliers.

Par contre, si tu n'as pas besoin de cash immédiatement, pourquoi en faire ton critÚre principal ?

Comme d'habitude, n'hĂ©site pas Ă  me dire ce que tu penses de cette newsletter : est-ce qu’elle t'a aidĂ© Ă  y voir plus clair ? 🙂 

Prenez soin de vous et joyeux Noël !
Nessrine

À quel point le sujet du jour est pertinent pour toi ?

Connexion ou S'abonner pour participer aux sondages.

Articles, recherches et études consultées pour cette édition :

Rappel important : Ce contenu est uniquement éducatif, pas un conseil d'investissement. Pensez à faire vos propres recherches avant de vous lancer. Et souvenez-vous que tous les placements, ETF inclus, comportent des risques de perte en capital.