🧠 Ton portefeuille a-t-il le FOMO ?

Suivre les tendances : fun mais improductif ?

Investir dans ce qui est tendance, c'est investir dans ce qui marche ?

C'est du moins ce que semblent croire les fonds qui copient les trades de Nancy Pelosi, ou ceux qui scrutent Reddit et X pour repérer la prochaine entreprise en vogue.

Le message : ne pas rater le train en marche, et si possible y monter avant tout le monde.

Mais est-ce vraiment une bonne stratégie ?
Ou juste une façon sophistiquée de courir pour arriver nulle part ?

Aujourd'hui, on prend le temps de creuser :

  • Comment l'industrie financière a transformé le doute en gamme de produits ?

  • Pourquoi même les personnes les plus « rationnelles » n’y échappent pas ?

  • Quelles tactiques utiliser pour résister à l’impulsion d'agir ?

En somme, comment éviter de s’auto-saboter ? 

Ce qui se passe quand une tendance émerge

Quand une tendance émerge, que ce soit un secteur, des actions ou ETF qui s’envolent, plusieurs mécanismes se déclenchent en chaîne.

Le premier signal : l'information devient visible

Les médias traditionnels s'en font l'écho, les communautés d'investisseurs amplifient le signal, et les performances s'affichent partout, des podcasts financiers aux fils d'actualité. L'effet est rapide, on a l'impression que tout le monde profite de l’opportunité sauf soi.

Un sentiment inconfortable, et surtout difficile à ignorer.

Alors le cerveau fait ce qu'il sait faire : simplifier. Les chiffres sont là, la tendance est claire, la solution paraît évidente, alors pourquoi chercher plus loin ? La poule aux œufs d'or est juste devant nous.

Le deuxième mécanisme : la pression temporelle

C’est plus insidieux.

La tendance s'installe dans le paysage médiatique pendant plusieurs semaines. Et même si on a résisté à la première impulsion, l'information revient discrètement, par petites touches. Un article par-ci, un post LinkedIn par-là, une discussion entre collègues autour d'un café.

Chaque nouvelle mention ravive la même question :

"Peut-être que je devrais y regarder de plus près ?"

À force de répétition, le doute s'installe. Pourtant, rien n'a changé dans ta situation personnelle : ni tes objectifs, ni ton horizon de temps, ni ta tolérance au risque. C'est simplement le bruit ambiant qui a pris plus d’ampleur, au point de fabriquer une urgence qui n'existait pas quelques semaines plus tôt.

La multiplication des signaux brouille le jugement et rend de plus en plus difficile de distinguer une vraie conviction d'une simple réaction à la pression.

Le troisième élément : la validation par l'autorité et la majorité

À mesure que la tendance s'ancre, elle devient un consensus. Elle est à la fois relayée par des sources perçues comme expertes (médias financiers spécialisés, analystes) et par des sources de confiance (proches, collègues, pairs), bénéficiant ainsi d'une double légitimité.

Si des personnes compétentes et des gens de confiance arrivent à la même conclusion, il serait étrange d'arriver à une conclusion différente, non ?

La question ne porte alors plus sur la pertinence de l'opportunité, mais sur la pertinence de sa propre position : "Et si c'est moi qui me trompe en n’agissant pas ?"

Malheureusement le FOMO est un comportement que certains acteurs de l'industrie financière ont bien identifiés. Ils ont même créé des produits spécifiquement pour capitaliser dessus.

Quand l'industrie transforme le doute en produit

Attention aucun des exemples cités ci-dessous n’est une recommendation d’investissement.

Premier exemple : les ETF qui copient les élus politiques

Des fonds comme NANC (Démocrates) et GOP (Républicains) répliquent les transactions des membres du Congrès américain, promettant aux investisseurs particulier d’accéder aux mêmes informations que les élus.

Ces ETF sont très récents, lancés en février 2023.

On n'a donc pas assez de données pour confirmer une tendance à long terme. Morningstar démontre que leur surperformance récente vient principalement de leur exposition aux géants de la tech, pas d'un véritable avantage concurrentiel lié aux informations des élus.

Une étude de Dartmouth en 2022 ne trouve d'ailleurs aucune preuve de capacité de stock-picking persistante chez les membres du Congrès depuis le STOCK Act de 2012. Les déclarations de transactions arrivent avec jusqu'à 45 jours de retard et ne précisent pas les montants exacts, ce qui dilue tout avantage informationnel potentiel.

Malgré plusieurs arguments contre, le FOMO fonctionne tout de même à cause l'émotion. Les trades des hommes et femmes politiques sont le sujet de nombreux memes et posts viraux sur les réseaux. On voit la promesse d'accéder à une information privilégiée, on ne s’intéresse ni aux délais structurels ni aux biais sectoriels qui expliquent réellement les performances.

Les ETF qui scannent les réseaux sociaux

Des fonds comme BUZZ ou FOMO (véridique) analysent les réseaux sociaux pour détecter les actions "tendance".

La promesse est d’utiliser des algorithmes afin d’identifier ce dont tout le monde parle ou encore de détecter des mouvements significatifs de la part des investisseurs particuliers avant qu’ils ne s’amplifient.

Cette autre analyse Morningstar met en avant plusieurs limites. D'abord, ces fonds ressemblent finalement à des portefeuilles de croissance (growth) investis dans les grandes valeurs tech (Apple, NVIDIA et compagnie) avec quelques meme stocks en plus. Leur performance s'explique surtout par leur tendance à suivre les mouvements généraux du marché, pas par un avantage lié au signal social en lui-même.

Ensuite, les tendances sur les réseaux sociaux sont éphémères. Pour rester fidèles à leur stratégie, ces fonds doivent se rebalancer (acheter et vendre des positions) beaucoup plus fréquemment que les fonds indiciels classiques. Résultat : des coûts de transaction élevés qui réduisent la performance.

Et puis surtout, il n'y a aucune garantie que le consensus sur les réseaux sociaux soit correct, particulièrement dans des marchés volatils où les opinions changent rapidement. Morningstar souligne que si certains fonds thématiques peuvent livrer des rendements spectaculaires à court terme, beaucoup échouent sur le long terme.

Car oui savoir quand entrer ou sortir de ces fonds est loin d'être évident.

Surfer les tendances vs stratégie simple et diversifiée

Il y a un paradoxe au cœur de tout cela : plus on cherche à faire mieux que le marché, plus on s'expose à faire moins bien.

C'est ce que les travaux du prix Nobel Paul Samuelson mettent en avant. Dès les années 60-70, il montrait que les prix de marché reflètent déjà l'essentiel de l'information disponible, ce qui rend tout avantage informationnel durable structurellement difficile à maintenir.

La conclusion logique est radicale : si personne ne dispose durablement d'un avantage informationnel, alors la meilleure stratégie n'est pas de chercher à battre le marché mais de le détenir. C'est sur ces travaux que John Bogle a fondé Vanguard et lancé le premier fonds indiciel accessible aux investisseurs particuliers en 1976, avec une promesse simple : répliquer la performance du marché, et non pas essayer de faire mieux.

Tactiques pour ne pas céder au FOMO

Quelques informations et tactiques à avoir en tête face à l’impulsion.

1. Audite tes sources d'information :
Certaines sources alimentent l'urgence, d'autres aident à tenir ton plan. Identifies lesquelles créent des envies impulsives et limite leur influence, surtout en période de volatilité.

2. Attendre 48 heures :
Essayes d’attendre 48 heures avant de prendre une décision motivée par la peur de rater une opportunité. Cette pause te permet de distinguer l'impulsion émotionnelle de la conviction réfléchie. Si l'opportunité est solide, elle le restera deux jours de plus.

3. Ramène l’actualité à tes objectifs :
Cette "opportunité" change-t-elle tes objectifs ? Ton horizon de temps a-t-il bougé ? Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce-qui justifie de modifier réellement ton plan ?

4. Distingue tendance de fond et tendance fragile :
La tendance à de quoi persister sur plusieurs décennies ? Qu'est-ce qui pourrait la mettre en danger ? Une nouvelle réglementation ou un changement structurel majeur ?

Les ETF qui suivent les transactions des élus politiques ou les réseaux sociaux dépendent de réglementations ou d'engouements qui peuvent disparaître rapidement. C’est bon à garder en tête.

5. Automatise tes versements :
Les versements automatiques éliminent la question du timing, car tu n’as de décision mensuelle. Cette automatisation te protège contre les tentations d'ajuster ta stratégie en fonction du bruit. (Mais fais attention aux frais avant d’automatiser).

Alors qu’est-ce qui compte vraiment ?

Le FOMO est une angoisse, la peur de rater une opportunité lucrative que « tout le monde » semble saisir. Sauf que ce qui conditionne ton succès à long terme, c'est l'alignement entre tes objectifs et ton allocation.

Attention aux solutions qui promettent de capter chaque tendance et cherchent à faire de toi un mouton spéculatif. Elles reposent sur des signaux fragiles qui peuvent disparaître du jour au lendemain.

À l'inverse, une stratégie simple basée sur les fonds indiciels permet de participer à la croissance économique long terme sans essayer de deviner quels sont les moments les plus opportuns pour acheter ou vendre.

Les tactiques vues plus haut te permettent de créer une certaine distance afin de distinguer ce qui relève de l'émotion de ce qui relève de la conviction.

J’espère que cette édition vous aide à voir plus clair.

Prenez soin de vous,
Nessrine

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Articles, recherches et études consultées pour cette édition :

Rappel important : Ce contenu est uniquement éducatif, pas un conseil d'investissement. Pensez à faire vos propres recherches avant de vous lancer. Et souvenez-vous que tous les placements, ETF inclus, comportent des risques de perte en capital.