🧠 Europe : le refuge face aux USA ?

Plus de 46 milliards d'euros alloués vers l'Europe en 2025

En 2025, plus de 46 milliards d'euros ont affluĂ© vers les ETF europĂ©ens chez Amundi, une rotation massive hors des États-Unis, portĂ©e par l'instabilitĂ© politique et commerciale de l'administration Trump.

D'un cĂŽtĂ©, c'est une bonne nouvelle : l'Ă©pargne des europĂ©ens et europĂ©ennes finance la croissance et l’innovation des entreprises de la rĂ©gion plutĂŽt que celles qui se situent outre-atlantique. 

Mais de l'autre, quand on regarde l’historique, l’indice phare europĂ©en a sous-performĂ© l’indice amĂ©ricain de 4,8 points par an sur les 20 derniĂšres annĂ©es.

Si on avait investi 10 000€ en 2005, on se retrouverait aujourd’hui avec :

  • 77 000€ si on avait exclusivement investi sur le S&P 500*

  • 34 500€ si on avait exclusivement investi sur le STOXX Europe 600.*

  • 55 750€* si on avait investi Ă  hauteur de 50/50 entre les deux.

*Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs, comme expliqué en détail dans cette édition. Ces indices sont utilisés pour illustrer le propos et ne sont pas des recommandations en investissement.

Aujourd’hui on creuse les questions suivantes :

  • Pourquoi l'Europe a sous-performĂ©, et est-ce en train de changer ?

  • Faut-il revoir son allocation si on investit Ă  long terme ?

  • Quels critĂšres prendre en compte pour calibrer son exposition ?

Pourquoi l'Europe a sous-performé ces 20 derniÚres années

Les performances annualisées montrent un écart significatif entre les différents indices boursiers :

Indice

Performance annualisée en EUR
(sur 20 ans)

S&P 500

10,9%

MSCI World

8,5%

Stoxx Europe 600

6,4%

Euro Stoxx 50

5,6%

Cet Ă©cart tient Ă  deux choses : l'explosion des gĂ©ants de la tech amĂ©ricaine, d'un cĂŽtĂ©, et les faiblesses structurelles de l'Europe de l'autre. 

Ces faiblesses ont été documentées en septembre 2024 dans le rapport sur la compétitivité européenne commandé à Mario Draghi, ancien président de la Banque Centrale Européenne (2011-2019) et ancien Premier ministre italien.

Le rapport Draghi identifie un manque d'investissement de 4% du PIB europĂ©en, soit 800 milliards d'euros par an nĂ©cessaires pour rattraper le retard face aux États-Unis et Ă  la Chine. Il diagnostique trois faiblesses qui se renforcent mutuellement :

  1. Un marchĂ© morcelĂ© : 27 rĂ©gimes fiscaux diffĂ©rents, 27 rĂ©gulateurs nationaux. Cela signifie des coĂ»ts transfrontaliers de 20 Ă  30% plus Ă©levĂ©s qu'aux États-Unis, et des entreprises europĂ©ennes qui restent en moyenne 10 fois plus petites que leurs homologues amĂ©ricaines.

  2. Trop peu d'investissement : L'Europe investit 2 à 3% de son PIB contre 4 à 5% pour les États-Unis.

  3. Pas de géants technologiques : Sans équivalent aux Magnificent 7, qui représentent 30 à 40% du S&P 500, l'Europe reste dominée par des secteurs cycliques : banques, luxe, finance et industrie.

Le diagnostic est sĂ©vĂšre mais l’Europe engage les moyens pour y faire face.

  1. L’un des premiers signaux est une rupture historique en Allemagne : en 2025, le pays a modifiĂ© sa constitution pour desserrer le "frein Ă  la dette" qui bridait ses dĂ©penses depuis 2009, libĂ©rant jusqu'Ă  1 000 milliards d'euros d'investissements sur dix ans. C’est un changement de doctrine important pour le gardien historique de l'austĂ©ritĂ© europĂ©enne.

  2. Le deuxiĂšme signal est Ă©nergĂ©tique : le plan REPowerEU mobilise 300 milliards d'euros entre 2022 et 2027 pour sortir de la dĂ©pendance aux fossiles russes, qui pĂšse sur la compĂ©titivitĂ© europĂ©enne depuis la guerre en Ukraine.

  3. Le troisiÚme est industriel et technologique : L'Europe engage 150 milliards via SAFE pour réarmer et réindustrialiser, pendant que la Banque Européenne d'Investissement déploie 70 milliards sur 2025-2027 spécifiquement pour l'innovation technologique, avec l'ambition de mobiliser 250 milliards d'investissements.

Au total, ce sont prÚs de 1 500 milliards d'euros d'investissements engagés ou en cours. Rien ne garantit que cela se traduira en rattrapage boursier, mais la volonté et les moyens sont bien présents.

Les données historiques incluent déjà toutes les crises

En 1987, le Japon représentait 40% du MSCI World, contre 6% aujourd'hui.

Cette chute est déjà intégrée dans les performances historiques du MSCI World qui malgré cet effondrement, affiche une performance annualisée de 8,5% sur 20 ans et 8,4% sur 40 ans.

Aujourd'hui, ce sont les États-Unis qui reprĂ©sentent 60 Ă  70% du MSCI World.

Une concentration qui s'accompagne d'une incertitude politique accrue avec un prĂ©sident amĂ©ricain instable qui contrĂŽle une puissance commerciale et militaire mondiale, et fait craindre des dĂ©cisions imprĂ©visibles.

L'exemple japonais nous permet de tirer trois éléments intéressants :

  • Si tu investis passivement sur un ETF Monde Ă  long terme, il y a de quoi ĂȘtre rassurĂ© : l'indice a absorbĂ© l'effondrement japonais sans dommage durable et s’est mĂ©caniquement rééquilibrĂ© suite au dĂ©clin d’une rĂ©gion gĂ©ographique dominante au profit d’autres rĂ©gions.

  • Si en revanche tu as besoin de ton capital dans 5 Ă  10 ans, la concentration amĂ©ricaine dans l’indice mĂ©rite rĂ©flexion. Par exemple, une forte fluctuation du dollar au mauvais moment peut amputer significativement la valeur de ton portefeuille en euros. Une crise prolongĂ©e prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč tu souhaiterais retirer ton Ă©pargne pourrait compromettre ton projet.

  • Si tu es concentrĂ© sur un indice national amĂ©ricain comme le S&P 500 ou le Nasdaq, la question de l’horizon d’investissement se pose aussi : une rĂ©allocation partielle vers d’autres zones gĂ©ographiques ou classes d’actifs serait peut-ĂȘtre une piste Ă  explorer selon tes objectifs et leurs Ă©chĂ©ances.

RĂ©allouer vers des entreprises europĂ©ennes permet d’investir en euros dans des entreprises cotĂ©es en euros, ce qui rĂ©duit le risque de change, et rĂ©duit ton exposition aux États-Unis en cas de situation critique prolongĂ©e. Mais investir en Europe est-il sans risques pour autant ? Non.

Si tu dĂ©cides de rĂ©allouer une partie de ton portefeuille, veille bien aux contraintes fiscales qui diffĂšrent selon l’enveloppe utilisĂ©e : sur un compte-titres ordinaire, vendre tes positions gĂ©nĂšre une imposition sur les plus-values (31,4%), tandis que dans une assurance-vie ou un PEA, tu peux rééquilibrer sans Ă©vĂ©nement fiscal (fais attention Ă  bien comprendre comment ça marche avant d’agir). 

Une alternative sur CTO consiste Ă  diriger tes nouveaux versements vers de nouvelles positions plutĂŽt que de vendre une partie de tes positions existantes, afin de rééquilibrer progressivement sans dĂ©clencher d'imposition.

Quelques indices européens disponibles

Si tu envisages d'explorer des ETF indiciels européens, voici les principaux indices pour t'aider à t'y retrouver. Prends le temps de bien les comprendre avant d'agir, car les différences ne sont pas anodines.

Ce qui suit n'est pas un conseil en investissement, et il existe d'autres indices européens qui pourraient mieux correspondre à tes convictions (investissement responsable, dividendes, secteurs spécifiques).

Indice

Pays

Nb entreprises

Perf.  sur 20 ans

Particularité

Stoxx Europe 600

17 pays (zone euro + Grande-Bretagne + Suisse)

600

6,1%

Le plus diversifié (large + mid + small cap)

Euro Stoxx 50

Zone euro uniquement

50

5,3%

Les 50 plus grandes entreprises de la zone euro (large cap concentré)

MSCI Europe

~15 pays développés

~450

7,9% (sur 40 ans)

Standard institutionnel (large + mid cap)

MSCI Europe Small Cap

~15 pays développés

~900

7,0%

Petites capitalisations, plus volatil

Attention avec les indices nationaux (CAC 40, DAX, FTSE 100) qui concentrent l'exposition sur un seul pays, et amplifient le risque lié au contexte politique et économique local.

Une crise française affecte simultanément toutes les entreprises du CAC 40, tandis qu'un indice paneuropéen permet une compensation par d'autres pays en cas de difficulté localisée.

La rotation vers l’Europe : signal ou solution ?

La question n'est pas juste Europe ou USA, car les deux peuvent ĂȘtre confrontĂ©s Ă  des situations critiques, mais qu'est-ce que je cherche Ă  protĂ©ger, et dans quel dĂ©lai ?

Quelques questions, pour t’aider Ă  y voir plus clair et prendre les bonnes dĂ©cisions :

  • Dans combien de temps ai-je besoin de cette Ă©pargne ?

  • Est-ce que je cherche Ă  optimiser ma performance, ou Ă  rĂ©duire un risque spĂ©cifique (change, concentration, volatilitĂ©) ?

  • Est-ce que basculer mon allocation gĂ©ographique rĂšgle le problĂšme identifiĂ© ou est-ce qu’il me faut une autre classe d’actif pour jouer ce rĂŽle ?

Prenez soin de vous,
Nessrine

P.S : Et si on se rencontrait Ă  la librairie Eyrolles?  
Lien d'inscription Jeudi 9 avril 2026 de 18h00 Ă  20h00

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